Retrait des subventions pour véhicule électrique : de fortes répercussions sur les ventes
En 2025, les ventes de véhicules neufs ont augmenté d’un maigre 2 % au pays. Dans le contexte économique actuel, c’est une excellente nouvelle. Or, le Québec a vu ses ventes chuter de 3,2 % à la même période. Avec la Colombie-Britannique (où les ventes se sont inclinées de 0,6 %), le Québec aura été la seule province canadienne à connaître une diminution de ses ventes. La cause : la baisse radicale des subventions accordées à l’achat d’un véhicule électrique admissible, malgré la demande plus forte pour ce genre de modèle ici que dans le reste du pays.
Coupures abruptes des subventions : un choc pour l’industrie du véhicule électrique
Rappelons qu’en janvier 2025, le Québec faisait passer la subvention du programme Roulez vert de 7 000 $ à 4 000 $, laquelle allait ensuite être abolie temporairement, entre le 1er février et le 31 mars. Puis, c’est tout de même avec surprise qu’on a vu le gouvernement fédéral retirer, le 13 janvier 2025, la subvention maximale de 5 000 $, bousillant ainsi les plans de l’industrie automobile canadienne. Dès lors, des dizaines de concessionnaires québécois se sont retrouvés avec des véhicules soudainement beaucoup plus onéreux pour le consommateur, forçant ainsi l’industrie à s’ajuster. En l’espace de quelques semaines, le vent allait donc tourner, l’offre devenant beaucoup plus grande que la demande.
Souvenons-nous aussi qu’en 2024, on se battait pratiquement aux portes des concessionnaires pour profiter des subventions. Les consommateurs se considéraient même chanceux de mettre la main sur un véhicule électrique, comme le Chevrolet Equinox EV, la Hyundai Ioniq 5 ou la Tesla Model Y. On vendait alors à gros prix, sans négociations et à des taux de financement peu avantageux. Lors des derniers mois de 2024, Chevrolet vendait plus de 100 Equinox EV par jour au Québec. Vous imaginez? Et aujourd’hui, on vous l’offre à prix plancher, avec une combinaison de crédits du manufacturier, de rabais fidélité, et même d’une prime Costco. Le tout, à un taux de financement fortement subventionné.
Il faut aussi mentionner qu’à l’automne 2024, le ministre de l’Environnement de l’époque avait procédé à une campagne médiatique à travers différentes publications, tentant de convaincre les Québécois de passer à l’électrique. Une stratégie que je juge discutable et qui semblait surtout s’inscrire dans la volonté du gouvernement de conserver son statut de chef de file en matière d’électrification du parc automobile de son territoire. Le résultat aura toutefois été impressionnant, puisqu’en 2024, 34 % des véhicules vendus dans la Belle Province étaient électriques ou hybrides rechargeables.
Inutile de vous dire que le bilan de 2025 est drôlement moins reluisant, les ventes de véhicules électriques ayant chuté au Québec d’environ 59 %. Cela explique d’ailleurs cette diminution des ventes générales chez nous, alors qu’il en va autrement dans le reste du pays. Respectivement, les Chevrolet Equinox EV et Blazer EV ont vu leurs ventes chuter de 52,9 % et de 71,1 %. Pour l’Ioniq 5 de Hyundai, c’est 72,6 % de diminution des ventes. Et que dire de Tesla, qui a vu ses chiffres dégringoler de 81,7 %, un recul qui, à mon avis, s’explique aussi par les frasques d’Elon Musk, lesquelles ont fini par décourager une partie des éventuels acheteurs.
Ce que les consommateurs ont réellement retenu de la voiture électrique
En 2025, environ 14 % des Québécois ont fait l’achat d’un véhicule électrique ou hybride rechargeable. Est-ce parce qu’on ne croit plus en cette technologie? Bien sûr que non. Plusieurs demeurent convaincus ou réalisent que l’électrique convient parfaitement à leurs besoins. En ce sens, on peut affirmer que les subventions auront eu pour effet de démocratiser la voiture électrique, la faisant connaître à un large public qui la considère aujourd’hui en plus grand nombre.
Cela dit, d’autres ont, au contraire, réalisé qu’il pouvait être contraignant de rouler électrique, notamment parce que la multiplication des véhicules s’est fait beaucoup plus rapidement que celle des bornes de recharge sur le réseau québécois. On a aussi découvert les côtés peut-être un peu moins « verts » de cette technologie, plus complexe et coûteuse à réparer, faisant des véhicules électriques des produits plus facilement « jetables » que la moyenne des modèles à essence.
La diminution des ventes de véhicules électriques concorde également avec la disparition quasi totale des modèles plus accessibles. N’en soyons pas surpris, puisque les constructeurs se sont ajustés aux règles gouvernementales, en multipliant le nombre de modèles admissibles au seuil des subventions. En d’autres termes, on a lancé plusieurs produits vendus tout juste sous les 65 000 $, en abandonnant les versions électriques plus pragmatiques. Les Chevrolet Bolt, Hyundai Ioniq, Kia Soul EV et Nissan Leaf ont donc quitté le marché pour faire place à des modèles plus coûteux. Or, on assiste heureusement cette année au retour de ces petits véhicules. La Chevrolet Bolt, les Kia EV3 et EV4, la Nissan Leaf et le nouveau duo Subaru Uncharted et Toyota C-HR ne sont que quelques exemples de véhicules électriques plus rationnels qui répondront aux besoins et aux désirs de la clientèle, avant même de devoir compter sur quelconques subventions.
Une relance probable en 2026, mais avec des objectifs irréalistes
Les ventes de véhicules électriques ont diminué, mais tout porte à croire que cette pente descendante se stabilisera en 2026. Au Québec, l’avantage de ce type de véhicule demeure évident pour plusieurs acheteurs en raison du coût du carburant et de la subvention fédérale, de retour depuis le 16 février dernier. Toutefois, un défi demeure : celui d’atteindre, pour les constructeurs, les objectifs de ventes de véhicules électriques établis par le gouvernement provincial du Québec, qui passent à 32,5 % en 2026. Il faudra revoir cet objectif à la baisse, car il n’est absolument plus viable dans le contexte actuel. Et puisque les ventes du reste de l’Amérique du Nord ont reculé, le Québec est aujourd’hui bien mal placé pour maintenir sa position.
En attendant, il est clair que l’acheteur d’un véhicule électrique a encore aujourd’hui un grand pouvoir de négociation. Les cours sont pleines, les offres sont alléchantes et les concessionnaires font des efforts soutenus pour liquider les inventaires, en tentant dans un futur rapproché de mieux gérer les commandes à venir. Parce que si les véhicules électriques coûtent généralement plus cher aux consommateurs, il en va de même pour les concessionnaires qui doivent les soutenir financièrement.
Cet article a été rédigé par un collaborateur externe. Les opinions qui y sont exprimées sont celles de l’auteur et ne reflètent pas nécessairement celles de Promutuel Assurance.